01.09.2008

Exposition Alors voilà !

Fragments

 

“ C’est en prêtant son  corps que le peintre change le monde en peinture.”  Merleau-ponty

 

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On ne peut aborder la peinture de SEDJAL Mustapha sans un certain malaise, dû sans doute à cet écartèlement des formes et l’effusion de couleurs.

Cette tendance obsessionnelle du peintre de dresser ces toiles, comme on dresse des

corps disloqués, ouvre sur des fragments d’images fugaces. Mais dans leur brièveté, dans l’interstice de leur lumière, elles balisent de nouveau espace pour la mémoire.

  

La surface de la toile semble devenir progressivement le théâtre de cette mobilité, car elle accélère les points de vue. Le regard se sent presque piégé, il se perd dans cette substance visqueuse, tant il parcourt inlassablement la matière plastique, le corps et ses nombreux infinis métamorphoses. Parfois, on y voit des blessures, des mutilations, des décompositions. La chair semble se dévorer.

En multipliant les points de fuites, les lignes du corps se brisent, des angles s’inventent. Le peintre construit son véritable labyrinthe, un jeu de miroirs pour nous entraîner dans l’opacité de la matière plastique et organique de la toile. L’effacement des frontières et la fusion des matières réactivent les tonalités, les rythmes qui nous font vibrer dans un perpétuel mouvement. Une osmose s’établit.

Cette peinture devient proche de la miniature, par son sens de la décomposition de la particule. Comme cet art majeur, elle a aussi ce souci de l’harmonie, de la composition, sans lesquelles, ce monde fragmentaire n’aurait pas d’équilibre et  d’unicité. 

De ce monde en décomposition, il recompose une nouvelle image de ce corps, qu’il nous livre sous une autre forme. Tel un Phénix qui renaît de ses cendres. Henri Corbin oppose dans son œuvre magistrale sur la mystique, “le Corps Accidentel” au “Corps Essentiel”. On trouve peut-être là une clé de cette peinture qui utilise le corps comme un support plastique. L’opacité qui irradie de sa lumière ce monde primaire, fœtal, qui nous habite. C’est à cette frontière invisible entre l’organique et l’inorganique que le peintre se fait le passeur, en nous éclairant par son seul langage de “Signes Plastiques”.

C’est au prix de cette distance, de ce recul nécessaire, entre le quêteur de vérité et la vérité, entre le réel et la réalité, entre l’enveloppe visible et le corps sublime, que l’œuvre acquiert son autonomie, et s’exprime à la première personne. “Corps Plastique”, matrice de l’œuvre en fragment. Là, dans ces traces et empreintes d’intérieur prend naissance une “Esthétique de la Révélation”, que l’œil (Oeil=Aïn=Source en arabe) doit aller chercher à la source du cœur pour la célébration de l’Invisible.

 

Préface Amara Farid.

Exposition " Alors voilà 1988 / 1998".

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