01.11.2009
Exposition Hommage
Exposition de plasticiens contemporains algériens en hommage à l'artiste peintre GUERMAZ
Adresse / Centre culturel algérien : 171 rue de la Croix Nivert, 75015 Paris, métro Convention
«Vivants, les artistes habitent le cœur et l'esprit. Morts, ils ressuscitent dans nos mémoires.
Guermaz est cet artiste qui nous manque à chaque fois que notre cœur perd de vue notre esprit. »
Yasmina Khadra.
C'est ainsi que commence le générique de cette exposition d'envergure qui sera en vernissage après-demain au Centre culturel algérien de Paris et qui durera jusqu'au 27 du mois courant. Il faut dire qu'Abdelkader Guermaz est un artiste peintre qui aura eu sa part de mystère et une telle aura, vivant sur une constellation qui a souvent ressemblé à une pluie de météorites insaisissables. On a longtemps attendu cet hommage rendu par quelques artistes et journalistes qui se sont battus bec et ongles pour que cette évocation ait lieu. Il faut aussi rendre grâce à Mansour Abrous, directeur de la culture à Paris, et Hamid Skif, journaliste et écrivain, qui ont tout fait pour que cette année consacrée à Abdelkader Guermaz soit entérinée par des événements divers. Lors de cette exposition, il y aura quelque 24 artistes vivants et des œuvres d'artistes disparus pour la plupart et qui ont fait carrière en France seront exposées.
Au menu de cette grand-messe en hommage au maître disparu, des enfants terribles de la peinture algérienne seront au rendez-vous, ce qui nous fera grandement apprécier une exposition qui promet avec des belles œuvres de Mohamed Aksouh, Baya, Abdallah Benanteur, Hanane Brerhi, Mustapha Bouradjine, Sid-Ahmed Chaâbane, Ahme-Cherif Chaouch, Habib Hasnaoui, Djillali Kadid, Mohamed Khadda, Arezki Larbi, Abderahmane Mada, Maria Manton, Denis Martinez, Othmane Mersali, Tarik Mesli, Rachid Nacib, Choukri Mesli, Mustapha Sedjal, Louis Nallard, Hamid Tibouchi, Samia Skenazene, Nadia Spahis et Kamel Yahiaoui. Pour rappel, Abdelkader Guermaz, est né le 13 mai 1919 à Mascara (Algérie) et passa son enfance et son adolescence à Oran. Il manifesta très tôt des dons et des dispositions artistiques : il fut peintre, poète et critique d'art. De 1937 à 1940, il fréquente l'Ecole des beaux-arts d'Oran, participe à partir de 1941 à des expositions collectives à la galerie d'avant-garde Colline de Robert Martin. Il fut rédacteur au journal Oran Républicain et réalisa, à Mostaganem en 1960, une exposition personnelle à la galerie Sésame ainsi qu'une fresque pour le Conseil général et en 1961. La même année, il s'établit à Paris. Son œuvre y est présentée en 1962 et 1963 à la nouvelle galerie de Robert Martin lors d'expositions collectives, mais aussi lors d'une exposition personnelle, en 1963, à la galerie Marie-Jacqueline Dumay. Tout au long des années 1960, il participa à des Salons parisiens. A Paris, Guermaz retrouve des peintres algériens ou européens et a pu confronter avec eux ses idéaux et son expérience de la peinture.
Ainsi, les œuvres de Guermaz étaient à côté de celles de Benanteur, Bouqueton et Khadda, à l'exposition Dix peintres du Maghreb à la galerie Le gouvernail en 1963. Elles étaient aussi présentes en 1966 à l'exposition Six Peintres du Maghreb à la galerie Peintres du monde. Cet artiste a gardé le contact avec l'Algérie. Il devint en 1962 correspondant à Paris du journal la République d'Oran. Il est représenté à l'exposition collective Peintres algériens qui s'ouvrit le 1er novembre 1963 au musée national des beaux-arts d'Alger et à celle qui a lieu sous le même nom au musée des arts décoratifs à Paris en 1964. Celle-ci réunit la grande majorité des peintres algériens contemporains et européens originaires d'Algérie. Il était aussi présent à Alger aux Salons de l'UNAP de 1964 et de 1974, à la Galerie 54 dirigée par Jean Sénac en 1964, à l'exposition Reflets et promesses de la galerie de l'UNAP en 1966 et à l'exposition peinture algérienne contemporaine et du palais de la Culture à Alger en 1986. Au début des années 1970, Guermaz participe à plusieurs Salons parisiens et est invité en 1971 à exposer ses œuvres à l'Orangerie du Luxembourg, en compagnie de six jeunes artistes. Après une participation à une exposition collective en 1973, il réalisa à Paris sept expositions personnelles de 1974 à 1981.
Ces manifestations lui ont permis d'acquérir une réputation internationale. Il fut invité à participer au Salon des arts plastiques de Tokyo en 1972, à l'Exposition internationale des arts de Téhéran en 1974 et à l'exposition Art arabe contemporaine de Tunis en 1980. Il était présent à Londres en 1981 et créa des cartons de tapisserie pour l'aéroport de Riyad. La fermeture de la galerie Entremonde en 1981 le priva de l'appui et de la visibilité dont il a pu bénéficier pendant longtemps. Depuis, Guermaz a conduit ses recherches en solitaire. Sa notoriété resta intacte auprès des collectionneurs français et étrangers qui savaient trouver le chemin de son atelier à Paris. Il est mort à Paris le 9 août 1996. L'hommage qui lui sera rendu à partir d'après-demain et jusqu'au 27 du mois en cours recentrera les mémoires pour aller à la redécouverte de cet artiste brillant.
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10.03.2009
Harragas / Lettre ouverte de Yasmina Khadra
Tout cerveau qui s'exile est un assassinat :
Lettre ouverte de Yasmina Khadra à M. Belkhadem
Il existe un miracle en chaque chose, M. Belkhadem. Le miracle de réussir là où d'autres ont échoué. Le miracle de démissionner quand on ne peut plus rien donner... Voyez-vous ? Il suffit de le vouloir. Vos propos concernant les harraga**, ce nouveau fléau qui dépeuple nos rues, nos chantiers, nos stades, notre jeunesse, sont irrecevables. Un responsable politique a des obligations et des problèmes à résoudre. Il a aussi le droit de rendre le tablier s'il a conscience de son inutilité.L'Algérie n'est pas un fief de rentiers, encore moins une sinécure. Elle est une Nation, un Peuple, un Destin, et exige un maximum d'engagement et d'abnégation. Il s'agit de la servir, et non de l'asservir. Il s'agit d'efficacité et non de privilèges.
Il s'agit de sacrifices quotidiens, de transcendance permanente et de concertations tous azimuts, car il arrive parfois aux divergences de nous éveiller à nos erreurs et à l'apport inestimable des opposants. Un discours n'est solvable que lorsque ses répercussions sur le terrain sont payantes. Il ne suffit pas d'occuper une tribune pour dominer son monde, encore faut-il le convaincre, parvenir à lui mettre la main à la pâte et le mener au bout de l'ensemble des défis que l'on est supposé relever. Or, le constat est désespérant. Comment peut-on sévir contre une jeunesse effroyablement désenchantée alors qu'il est question de la sauver de l'ennui en train de la chosifier ? Comment ose-t-on jeter en prison de jeunes gens qui ont choisi de risquer leur vie au large de la mer plutôt que de continuer de moisir au pied des murs défigurés ou à l'ombre des cafés sinistrés ? Depuis quand les geôles sont-elles des cures thérapeutiques, un antidote, une panacée ? Incarcérer les Harraga est un non-sens, une absurdité, un traitement contre-nature.
Cela dénote de l'inaptitude de nos responsables à s'assumer, préférant faire porter le chapeau à ceux-là mêmes qui ploient sous d'intenables carcans - Il n'est pire cruauté que de faire, des souffre-douleur, des boucs émissaires !... L'Algérie est un paradis, M. Belkhadem ; un paradis dont les rêves sont ailleurs ; ce qui pousse des milliers d'adolescents à sauter dans des embarcations de fortune pour aller à leur recherche parmi les naufrages mortels et les insolations irréversibles.
Aucune nation ne peut avancer sans mythes et aucune jeunesse ne peut forcir sans idoles. Qu'avons-nous fait de nos mythes et que sont devenues nos idoles dans cette quête névrotique de l'enrichissement suspect qui a fait de nos maires, de nos walis, de nos députés, de nos sénateurs, enfin de l'ensemble de nos faiseurs de société des faiseurs de désillusions ?... Le miracle existe, M. Belkhadem. Il suffit d'y croire. Or, il nous semble que nous avons perdu la foi en toute chose dans ce pays où la lucidité, le souci des autres et la conscience citoyenne se sont mus en slogans blancs.
Notre jeunesse ne demande pas ; elle exige de nous que l'on assainisse ses lendemains en lui proposant des projets concrets, un devenir fiable, des repères probants, bref une vraie feuille de route reposant sur un programme clair et réalisable. Elle ne demande pas la lune, mais une place précise dans sa patrie, et un rôle à même de l'enthousiasmer et de la mobiliser autour d'une ambition légitime. Elle réclame du travail, des débouchés, une formation adéquate, du respect surtout, et la confiance sans laquelle aucune mission n'est envisageable.
Son problème, qui semble échapper à nos responsables, est simple : elle veut vivre décemment, dans son pays ; elle veut retrousser ses manches et contribuer à l'aboutissement d'un idéal sain et ragaillardissant. C'est parce qu'elle ne sait plus où donner la tête qu'elle confie, chaque soir à l'heure où la mer s'apaise, son destin à une boussole pipée ou un passeur suicidaire... Notre jeunesse souffre, M. Bekhadem. Elle a épuisé toute sa patience, toutes ses prières et tous ses ras-le-bol.
Elle est laminée, lessivée, dévitalisée et n'éprouve plus le besoin de survivre à son désarroi grandissant. Et si elle ne fait plus confiance à vos promesses, c'est parce que vous ne les avez jamais tenues. C'est parce qu'elle refuse de céder à la violence, parce que les maquis intégristes ne constituent plus un territoire raisonnable des revendications élémentaires, qu'elle préfère offrir ses ultimes espérances aux poissons et à la furie des flots. Aussi est-il urgent d'arrêter de la considérer comme une tare sociale ou une tracasserie politique et de se rendre compte combien son désespoir nous renvoie à nos incompétences et notre culpabilité.
Tout Algérien qui meurt de malvie est un crime ; tout cerveau qui s'exile est un assassinat ; tout espoir qui s'éteint est une trahison et tout aveu d'impuissance de la part d'un décideur est une catastrophe. Alors, lequel des miracles choisir : celui de la rédemption ou bien celui de la démission.
* Yasmina Khadra (Mohamed Moulesshoul de son vrai nom): est un écrivain algérien.
** Harragas: De l'arabe dialectal "hreg" qui veut dire brûler et les harragas est un terme généralement utilisé pour désigner ces "brûleurs" de frontières,souvent jeunes, qui, au péril de leur vie prennent le risque de traverser la mer sur des chaloupes de fortune, en quête de cieux plus accueillants.
23:52 Publié dans Actualités | Lien permanent | Commentaires (0) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : algérie, harraga, clandestin



